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Nouvelles Brèves

L'association recherche des bénévoles. Contactez nos délégations.

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Les Auxiliaires des Aveugles souhaitent

à tous leurs adhérents, bénévoles et amis...

une excellente année 2012 !

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Chroniques musicales à l'INJA

56, Bd. des Invalides -75007 PARIS

Jeudi : 15 mars 2012 de 13h à 14h

Salle André MARCHAL

Métro : Duroc -Entrée libre

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accueil Témoignages

Rencontre avec Daniel Allain

M. Allain devant son poste de travailDécidément le monde des non-voyants ne cessera de m’étonner, émerveiller serait plus juste. J’étais habitué aux « exploits » de Jacqueline Gaultier, administrateur de l’association, ancien professeur de braille, se déplaçant dans les transports en commun, parfois mieux que moi, d’une ponctualité de chronomètre et pour qui Internet n’a plus de secret. (Je sais, Jacqueline, je vais encore mettre à mal votre humilité naturelle, mais vous m’avez donné carte blanche pour la rédaction de ce billet.)

Le hasard de mes contacts pour l’édition de l’annuaire du Tribunal de Commerce de Paris (TCP) m’a fait découvrir quelqu’un d’aussi extraordinaire. Mes communications téléphoniques avec la présidence passaient bien entendu par le standard. Une certaine amitié a vu le jour au fil du temps et je souhaitais rencontrer ce standardiste, si dynamique, plaisant, manipulant l’humour avec finesse, genre titi parisien (mais classe). Avec l’accord de M. Berton (chef de cabinet de la présidence), j’ai rendu visite à mon futur ami. Surprise, Daniel Allain est un homme de petite taille et… aveugle. La surprise n’a été que de courte durée, car après une approche un peu hésitante, « entre deux appels », j’ai retrouvé mon correspondant avec toute sa verve et le sourire en plus ; Daniel n’est pas un triste.

M. Allain et Mme GaultierL’idée d’une rencontre avec Jacqueline me paraissait pleine de promesses. Accord conclu ; avec l’autorisation de Mme Rey, président du Tribunal, le lundi 5 décembre nous étions tous les trois dans le standard du TCP. Ils ne furent bientôt plus que deux, cette interview s’est transformée en un dialogue entre mes deux compères. Daniel nous parle de ses handicaps et de son combat pour s’en sortir, sans fausse pudeur, avec un naturel presque joyeux.

« Je suis le dernier d’une famille de douze enfants, ma mère avait quarante-sept ans quand elle m’a eu, à l’époque c’était très risqué ; la preuve, elle m’a loupé. Dit-il avec humour Mes frères et sœurs sont normaux ! »

Daniel, 61 ans marié ; sa femme elle aussi est devenue non-voyante lui a donné des jumeaux (17 ans, 1,80 m) ; il raconte :

« J’ai perdu la vue à l’âge de 7 ans, tout doucement, c’était un début de cataracte. La plupart des ophtalmologistes ne voulaient pas m’opérer ; sur l’insistance d’une de mes sœurs un docteur de Versailles a bien voulu tenter l’expérience. Opéré le 24 mai 1960, j’ai recouvré la vue jusqu’en 1968 puis elle a baissé progressivement ; devant les traitements à subir j’ai renoncé et, depuis 1969, je suis dans le noir total, dans le néant. »

JG : Daniel, de vos deux handicaps, lequel est le plus le plus facile à supporter ?

DA : Maintenant les deux, mais au début ma petite taille m’a beaucoup gêné pour trouver du travail et les questions des curieux étaient pénibles par leur redondance.

JG : Quel est votre parcours professionnel ?

DA : Réinsertion à Marly-le-Roi (APAM) pendant trois mois, cours de braille, de dactylo, de poterie et de locomotion ; j’étais très bien, j’en garde un merveilleux souvenir, il serait bon que les non-voyants connaissent cette institution, qui possède un internat à Marly et un externat à Paris (CRPAM). On peut s’en sortir, mais il faut beaucoup de volonté ! Ensuite huit ans chez IBM, avant d’être licencié pour restructuration. Le 10 mai 1990, j’ai été présenté au Tribunal qui cherchait un remplaçant à leur standardiste malvoyant qui partait en retraite. J’ai été choisi, parmi six candidats, par M. Berton (mon patron). J’entame donc ma 16e année au Tribunal. J’ai un standard tactile et un combiné téléphonique normal, mais c’est très facile, les touches sont toujours disposées de la même façon. Sur mon Euro Braille je n’ai encore rien stocké. Il est récent ; j’utilise encore mon livre avec la liste des numéros et les noms des magistrats, et dans les classeurs derrière, j’ai la liste des avocats ; je les utilise parfois mais je connais beaucoup de numéros par cœur…

JG : Vous habitez loin ?

DA : Je viens d’Athis-Mons, dans l’Essonne ; pas de problème avec le RER et le métro (quand ils ne sont pas en grève), je descends à Cité, je n’ai pas trop de trajet !

JG : Quels sont vos loisirs ?

DA : Avec ma femme nous allons à l’Olympia, au Palais des Congrès, nous sommes amateurs de chansons ; je profite pleinement de mes vacances d’été à la mer (ma femme préfère la montagne) pour assouvir ma passion : la pétanque ! J’aime aussi tous les jeux de société…

Il est midi, je suis obligé d’intervenir, car mes deux complices n’ont de cesse de parler, travail, activités ludiques, tout y passe, impossible de les arrêter ! Ne pensez pas que cet entretien s’est déroulé dans la sérénité, une quinzaine d’appels promptement servis par Daniel sont venus perturber notre tête-à-tête.

Je demande à Jacqueline et Daniel s’ils peuvent servir d’exemple : « Pas du tout, nous sommes des gens normaux ordinaires ». (Je ne sais plus ce que signifie pour moi le mot « ordinaire ».)

Propos recueillis par Marcel Demange et publiés dans L'Auxiliaire des Aveugles et des Malvoyants (n° 137, décembre 2005)